LES OISEAUX 

Oiseau libre, enfant des vagues, aile de la mer
Toi qui cherche l'abri où ta patte se pose
Le galet était doux et la falaise une mère
Avant que le mazout, sur ton monde, on dépose.

La mouette était rieuse et le bassan plus fou
Que le moine macareux parodiant les manchots
On pouvait s'envoler pour le jeu, n'importe où
Et d'un bruissement clair réveiller les guillemots.

La sterne pouvait plonger et courser le voilier
Que le pétrel déjà laissait sur l'horizon
Croisant la calme allure du goéland doré
Et leur frère albatros épatant les plongeons

La niche de haute mousse accueillait le fulmar
Accroch é sur l'à-pic un cormoran épiait
Le ressac en pensant que la houle du soir
Ferait taire les pingouins et le doux soir venait.

Mais les gros embruns noirs et inhospitaliers
Défiant le dauphin gris d'une étrave funeste
Vomirent leur butin infect et pétrolier
Tandis que nos élus endossaient d'autres vestes.

Et la mer se meurt assassinant l'oiseau
Emmenant dans sa tombe, thons, mulets et baleines
Arrachés du néant originel des eaux
Suicidés aussitôt re niflé notre haleine

L'embrun soudain chargé de poussière mortelle
L'huileux galet, clown rond, collant et adipeux
La craie devenant suie, la falaise une poubelle
Les oiseaux des cadavres offerts aux charogneux.

Pourtant l'homo-sapiens votre frère rude et pâle
Hier encore était des vôtres, velu comme méduse
La dent souvent trop longue d'un formidable squale
Déçu mais innocent de déflorer la muse.

L'œil est sur ton destin, le mauvais de surcroît
Il touche un pétale, aussitôt un cœur tombe
Il invente un parfum pour cacher le caca
En maitrisant l'atome, il invente la bombe.

Pas de chance, trop de chance
L'homme annexe la terre, il en fait son caprice
Pas d'amour, trop tendance
A engloutir ses dieux et lécher le calice ; 

«La terre cette vieille peau on va la faire saigner
Quant à la mer cette vieille pute à maquereaux
Elle va nous rendre son sel et nous pourrons daigner
Vidanger proprement nos bâteaux»

Et se meure la mer sans croix et sans épines
De son trop peu de trop plein de si peu
A l'image erratique de feu Miss Norma Jean
Qui avide de nous n'obtenait que Je-Jeu.

Mais ainsi va la vie et avec elle ses hommes
Cahotante et superbe, dérisoire et grande môme
Donnant comme dit l'adage, la plus belle fille du monde
Ni plus ni moins ci-gît qu'une boule et toute ronde

Nous n'irons plus en mer, mousse n'est pas écume
Nous ne confondrons plus la colombe et l'enclume

Et inlassable et vague, la vague lèche le sable
Tandis que la mer se meurt et épure la terre
La flore déliquescente sur pauvre sable arable
Tête son oxygène, sous-produit du cratère.

L'oiseau est mort gluant les ailes mangées de poix
Au même instant le ciel est une piste d'envol
Pour d'autres rêves d'Icare
D'autres rêves de cire
Époustouflants tocards
Voyageant vers le pire
Qui mangeront le ciel, feront taire nos voix
Nous envoyant des sourds jouer nos clés de sol

A vos santés ! Tas de fientes
Fientes en tas, compassés
Vous ne méritez ni l'oiseau
Ni la terre qui vous hante
Ni vos rêves entassés
Hors d'atteintes des ciseaux
Ni l'eau du ciel, ni le ciel
Quant au feu, parlons-en,
Domestiqué véniel
Nous parlions d'éléments ?
Hors le vent et l'éclair
L'orage et sa dent jaune
Et le gouffre et le froid
Le sombre et le plus clair
La décapante faune
S'éveillant au suroît
Si l'horizon peut sang
Alors l'homme peut tant
Qu'il outre passe même
La récolte qu'il sème

Et quand seront morts tous les oiseaux
Dénervés de leur sève tous les arbres
Asséchés de leurs eaux toutes les pluies
Sans lieux ni feux tous nos enfants
Nos oléos-ducs devenus petits marquis
Dansant devant les derricks vides
Nous aurons eu du pétrole en veux-tu en voilà
Nous aurons eu des robots, nous aurons des images
Nous aurons des décibels et des bandes vidéo.
Des prométhées de l'art nous aurons dévoré le foie
Les requins ne sont pas du côté que l'on croit.
Mais la vie, la vraie celle qui alimente
De sa saveur à elle nos énergies internes
Où sera-t-elle nichée : la vie ?
En haut de quelle falaise
A la crête de quelle vague

Et la mer se meurt assassinant l'oiseau
Emmenant dans sa tombe, thons, mulets et baleines
Arrachés du néant originel des eaux
Suicidés aussitôt re niflé notre haleine

L'embrun soudain chargé de poussière mortelle
L'huileux galet, clown rond, collant et adipeux
La craie devenant suie, la falaise une poubelle
Les oiseaux des cadavres offerts aux charogneux.

Pourtant l'homo-sapiens votre frère rude et pâle
Hier encore était des vôtres, velu comme méduse
La dent souvent trop longue d'un formidable squale
Déçu mais innocent de déflorer la muse.

L'œil est sur ton destin, le mauvais de surcroît
Il touche un pétale, aussitôt un cœur tombe
Il invente un parfum pour cacher le caca
En maitrisant l'atome, il invente la bombe.

Pas de chance, trop de chance
L'homme annexe la terre, il en fait son caprice
Pas d'amour, trop tendance
A engloutir ses dieux et lécher le calice ; 

«La terre cette vieille peau on va la faire saigner
Quant à la mer cette vieille pute à maquereaux
Elle va nous rendre son sel et nous pourrons daigner
Vidanger proprement nos bâteaux»

Au nœud de quel galet
Sur le dos de quel plancton.

Et la mer est exsangue assassine innocente
Nous n'irons plus en elle, mousse n'est pas écume
Et la mer immobile, suppliciée, indolente
Nous hurle que la colombe est perdue dans les brumes.

Aussi dans le ciel gris où nos âmes en cavale
Rejoindrons pour cette fois l'unité de la mort
Les oiseaux innombrables piaillant la cabale
Se lèveront croix noires, obscurcissant nos ports
Et de leur vol funeste un dernier pied de nez,
Renaitra le regard, peut-être, le premier

Nous n'irons plus en mer, mousse n'est pas écume
Nous ne confondrons plus la colombe et l'enclume

Oiseau libre, toujours, tu renieras la mer.
Au nom du fric, du père et du Saint-Esprit.

D.Maldelot
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