PORT D'ATTACHE

 

Puisque peut-être nous ne vieillirons pas tous deux

Puisque peut-être nos regards changeront de latitude

Puisque peut-être tout au bout de la solitude

Nos bateaux trop lestés couleront dans nos yeux

Je voudrais quand même que tu saches

Que mon seul vrai port d'attache

Ce fût toi, ce fût toi.

 

Puisque peut-être nos bien trop longues fiançailles

Ont usé nos trésors sur la patine du temps

Puisque peut-être jamais nous n'aurons d'épousailles

Et que Venise sombre dans son vieil océan.

Je voudrais quand même que tu saches

Que mon seul vrai port d'attache

Ce fût toi, ce fût toi.

 

Puisque peut-être l'avenir en forme de guillotine

Tranchera notre vie comme il l'a fait du cœur

Puisque peut-être à jamais tu resteras féline

Une atteinte impossible, un rêve, une autre sœur

Je voudrais quand même que tu saches

Que mon seul vrai port d'attache

Ce fût toi, ce fût toi.
 

Puisque peut-être mes sens n'ont pas su garder l'heure

Et que mon cœur parfois t'a presque assassinée

Puisque peut-être aimer fût quelquefois un leurre

Et qu'à côté de toi, j'étais à cent coudées.

Je voudrais quand même que tu saches

Que mon seul vrai port d'attache

Ce fût toi, ce fût toi.

 

Puisque mes mots enfin t'ont quelquefois blessée

Dans ce refuge mortel où j'allais moribond.

Puisque peut-être je refermais où tu voulais passer

Qu'alors de mes idées tu faisais des chiffons.

Je voudrais quand même que tu saches

Que mon seul vrai port d'attache

Ce fût toi, ce fût toi.

 

Et puisqu'enfin demain nous voilà sans racines

Sans feux de joie aucun, sans une main à serrer

Sans ce qui fait que la vie ne devient plus que ruine

Sans pudeur, et tant pis, et sans nous rassurer

Je voudrais que tu saches quand même

Que lorsque je disais «je t'aime»

L'amour, c'était toi, c'était toi.



Daniel Maldelot
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